Didier Péron - Le trésor de réclame le rouge

Didier Péron pour next.liberation.fr


Dès la fin du mois d’août, du sable encore plein les yeux, on a pu voir de gigantesques affiches avec Tintin, Milou et Haddock en side-car arrachant un sac MacDo à un employé bouche bée. Le lancement du blockbuster de Steven Spielberg s’est depuis accompagné d’une offensive marketing sans précédent accommodant à toutes les sauces les personnages inventés par Hergé. Tintin roule en Peugeot (la marque de voiture a signé un contrat pour une exploitation des visuels tintinesques sur 25 pays), s’habille chez Gap (on a cherché en vain le pantalon de golf dans les rayonnages), fait ses courses au Carrefour («mille milliards de mille promos»), boit de la Vittel, joue au Meccano, s’empiffre au goûter de brioches Pitch (mais c’est Milou qui a pris du poids en 3D), regarde TF1, sniffe de l’essence chez Total et part se goinfrer de moules frites à Bruxelles en Thalys relooké à son effigie, plongé dans son jeu Ubisoft.


On en oublie probablement, mais les devantures de magasins et les murs des villes sont badigeonnés de ces partenariats publicitaires en format XXL. Paramount aurait signé des dizaines de contrats de même type à travers le monde, déclinant la marque Tintin au sein de l’univers commercial propre à chaque pays d’exploitation. Rien de nouveau sous le soleil, dira-t-on, puisqu’on a vu Luc Besson infiltrer ses Minimoys jusque dans les tirettes d’une certaine banque, pour ne citer qu’un exemple de «spam» horripilant. La dérive des produits dérivés ne va malheureusement pas jusqu’à nous permettre d’acquérir la poupée gonflable Tintin («sa houppette dressée est une garantie de plaisir partagé») ou la «coke en stock» des soirées privées au «château de Moulinsart», le nouveau lieu chaud à la mode de la région Nord.


Il parait que Spielberg – oui celui-là même que sa baguette de sourcier moral a conduit tout droit dans les pièges à thunes de l’escroc Bernard Madoff – a supervisé avec des scrupules qui n’honorent que lui les différentes franchises associées à son film. Résultat : encore un fleuron culturel stylé transformé dans la joie et la bonne humeur en hideux paillasson consumériste. Bachi-bouzouk !


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